Le mardi 13 Octobre 2026, Benjamin lepeltier
Autre
Vous avez signé un bail. Vous avez emménagé dans des bureaux modernes, connectés, intelligents. Le badge d'accès fonctionne depuis votre téléphone. La climatisation s'ajuste automatiquement. Les ascenseurs sont pilotés à distance. L'éclairage détecte la présence. La salle de réunion se réserve via une application.
Vous n'avez probablement pas demandé à votre Cyber d'auditer tout ça.
Selon une étude Savills France publiée en octobre 2026, les entreprises commencent seulement à examiner la protection numérique des bâtiments avant de s'y installer. Le mot clé, c'est "commencent". Ce qui signifie que la grande majorité des entreprises qui ont signé un bail ces cinq dernières années dans un immeuble connecté ne l'ont pas fait. Et leurs bureaux sont potentiellement une surface d'attaque que personne ne surveille.
Un bâtiment tertiaire moderne est devenu une plateforme de services numériques. Gestion Technique du Bâtiment, contrôle d'accès, vidéosurveillance, ascenseurs, éclairage, applications occupants : tous ces systèmes sont interconnectés, génèrent des données en continu, et communiquent souvent avec des serveurs extérieurs gérés par des prestataires que vous ne connaissez pas.
Une attaque sur ces systèmes peut affecter directement le fonctionnement de l'immeuble, des interruptions de certains services à l'indisponibilité temporaire des locaux. Imaginez un piratage de la climatisation d'une salle serveur la veille d'une remise de réponse à appel d'offres. Ou un système de contrôle d'accès compromis, laissant entrer n'importe qui en dehors des heures de bureau.
Et ce n'est pas hypothétique. Selon Cohesion IB, environ un tiers des opérateurs de bâtiments ont déjà subi des incidents de cybersécurité, allant de compromissions opérationnelles mineures à des perturbations majeures. Les cyberattaques IoT ont progressé d'environ 124 % au cours de 2024, et le ransomware visant les technologies opérationnelles des bâtiments est désormais une réalité documentée.
Dans l'immobilier d'entreprise, on a longtemps traité la sûreté comme un sujet périphérique. Badges, caméras, vigiles : le minimum syndical. La cybersécurité physique n'est entrée dans les conversations que très récemment, et elle n'est toujours pas systématique.
Le problème est simple : quand vous signez un bail, vous négociez le loyer, les charges, la surface, la localisation. Personne ne vous soumet un audit de cybersécurité du bâtiment. Personne ne vous liste les prestataires qui ont un accès à distance aux systèmes de gestion de l'immeuble. Personne ne vous dit depuis quand les firmwares des équipements connectés n'ont pas été mis à jour.
Les mises à jour de sécurité sont repoussées, les mots de passe partagés, les accès administrateurs jamais réellement nettoyés. Sauf que cette fois, le routeur mal configuré, c'est dans le sous-sol de votre immeuble, géré par un facility manager dont la priorité est que les ascenseurs fonctionnent, pas que les ports réseau soient fermés.
Environ 97 % de certaines technologies IoT présentent des vulnérabilités de niveau moyen à élevé. Ce chiffre n'est pas abstrait. Il décrit les capteurs, les passerelles réseau et les contrôleurs installés dans vos bureaux en ce moment.
La bonne nouvelle : certains grands groupes intègrent déjà la sécurité des réseaux et des objets connectés dans leurs audits immobiliers. Ce qui était une pratique d'avant-garde il y a deux ans devient progressivement une norme de marché. Cyril Robert, Head of Research chez Savills France, estime qu'un niveau de cyber-résilience documenté pourrait devenir un argument de différenciation entre les immeubles. Ce qui signifie a contrario que les immeubles sans documentation cyber deviendront moins attractifs.
Concrètement, avant de signer votre prochain bail ou de renouveler l'actuel, trois questions méritent une réponse de votre propriétaire ou de votre gestionnaire d'immeuble : quels équipements connectés sont présents dans les parties communes et privatisées, qui y a accès à distance et selon quel protocole, et quand ont-ils été mis à jour pour la dernière fois.
Si votre interlocuteur ne sait pas répondre, vous avez votre réponse sur le niveau de maturité cyber du bâtiment.
NIS2 renforce désormais la cybersécurité des infrastructures critiques y compris les bâtiments intelligents, en imposant aux exploitants de gérer les risques, sécuriser les systèmes connectés et déclarer les incidents. La réglementation commence à rattraper le terrain. Mais pour la plupart des PME et ETI qui louent des bureaux en immeuble multi-tenant, NIS2 ne s'applique pas directement à leur bailleur. La vigilance reste donc individuelle.
Vos bureaux ne sont plus un espace physique avec une serrure et une alarme. Ce sont des systèmes informatiques qui contrôlent votre accès, votre confort, votre sécurité et vos données. Et comme tous les systèmes informatiques, ils peuvent être compromis.
La prochaine cyberattaque contre votre entreprise ne passera peut-être pas par votre messagerie. Elle passera peut-être par la passerelle IoT du troisième sous-sol, celle que personne n'a pensé à mentionner dans votre bail.
Sources : Cyber-Securite.fr — Savills France · Smart City Mag · Smart Buildings Alliance · CBMS · ConstructionBTP · Coradvisors — Smart Building Cybersecurity 2026 · WeAdvisor · ObjetConnecte.com